J’aime pas la CNV. - Anaïs Kustler

J’aime pas la CNV.

anais pas contente

Ouf, voilà, enfin c’est dit. J’me sens soulagée ! Parce que je le pense très fort depuis un moment, mais j’ose pas trop le dire, y’a un genre de culte autour de la CNV.

Disclaimer : j’ai jamais suivi de formations en CNV, je me suis formée en RE, Relationship Enhancement, une méthode qui s’en rapproche, mais qui travaille davantage l’empathie. Elle me plaisait, mais au final je trouve aussi qu’elle a pas mal de limites.

J’ai des collègues qui pratiquent la CNV et je leur en veux pas 😁, même que je respecte leur travail ! Tu vas voir que ce que je reproche surtout à la CNV, c’est le fait que pas mal de ses partisans clament haut et fort que c’est efficace et utile pour absolument tout, du conflit israélo-palestinien (je l’invente pas) au conflit dans les couples, pour absolument tout le monde.

Si tu me suis, tu sais que j’aime mettre de la nuance.

Bon, c’est bien joli de dire qu’on aime pas, mais c’est mieux si on s’explique, non ? D’abord, de quoi je parle ?

C'est quoi la CNV ?

La Communication Non Violente est une méthode inventée par Marshall Rosenberg, dans laquelle on te demande de parler en “Je”, d’écouter l’autre, d’être en empathie, d’exprimer tes besoins. C’est un très court résumé, tu trouveras plus d’infos en fouillant sur le net.

Déjà, le nom.

Tsé, quand tu utilises le mot “violente”, même avec un “non” juste avant, ton cerveau il pense “violence”. Le principe de la CNV, c’est que « les mots sont des fenêtres ou bien ce sont des murs” (titre d’un livre de Marshall Rosenberg) : là je trouve qu’on met un beau mur en parlant de violence quand il existe des mots plus sympas, comme communication bienveillante, empathique. J’te parle même pas du fait qu’on sous-entend clairement que ce qui est pas de la CNV est violent.

La CNV pour manipuler ?

Comme tout outil de communication, la CNV peut être utilisée pour manipuler. Sauf que c’est rare qu’on te mette en garde là-dessus.

On peut très facilement s’en servir pour faire culpabiliser l’autre. C’est d’ailleurs bien pratique pour faire du gaslighting (faire en sorte qu’une victime doute de son propre récit, en gros) : “C’est toi qui te mets en colère, ta colère t’appartient, j’ai seulement exprimé mon avis sur ton travail que je trouve vraiment nul, c’était important pour moi de m’exprimer”.

Même sans avoir l’intention d’être malveillant, on peut facilement dire des choses pas sympas avec la CNV. Sous prétexte d’exprimer ses émotions, on en fait trop souvent porter le poids à l’autre, voire on lui demande même de modifier son comportement pour soi. Quand l’autre est pas formé, c’est vite déstabilisant et difficile à encaisser.

Ah non, c’est pas vrai, c’est parce que c’est mal utilisé !

Oui mais non. Soit c’est une méthode simple, universelle, applicable dans toutes les situations, avec tout le monde, soit ça l’est pas. Si y’a tant de personnes qui l’utilisent mal, c’est peut-être parce qu’elle nécessite de suivre beaucoup beaucoup d’heures de formation, et donc qu’elle est un peu plus complexe que ce qu’on dit.

C'est violent.

J’ai parlé à quelques personnes qui vivent avec des proches formés à la CNV. Leur retour ? C’est super violent. Leurs proches balancent des trucs de façon brutale, directe. J’dis pas que c’est mal, je suis pour la franchise, je pense que la société se porterait mieux dans son ensemble si on était plus authentiques, mais je prétendrai pas que c’est pas violent. Ça l’est pour beaucoup de personnes.

En plus, c’est pas mal intrusif. Tout le monde n’a pas forcément envie d’être analysé, ni de voir ses besoins profonds étalés sur la place publique. Les gens ne rentrent pas tous dans les mêmes cases prédéfinies et je trouve ça drôlement intrusif de vouloir deviner ce que vit et veut l’autre. Ça peut fonctionner dans une relation intime, mais dans le quotidien ? Nope. Et on peut tellement se tromper : on passe (trop) facilement d’une hypothèse à une affirmation.

Mais c’est parce que c’est mal utilisé !

Ouaip, mais retour à mon argument précèdent : c’est une méthode complexe facilement dévoyée, encore plus parce qu’elle est présentée comme simple et accessible à toutes.

Vers une aseptisation des relations ?

J’ai reçu le témoignage d’une femme qui a assisté à un débat 100% CNV, elle s’est sentie oppressée. Le groupe était réuni pour une cause commune et devait prendre une décision. Sauf que quand tout le monde efface son ego pour laisser la place à tout le monde, y’a plus personne pour prendre une décision difficile ou tranchée. On passe dans une hyper cohésion de groupe, où on pense tous la même chose pour ne surtout pas briser le groupe : les décisions deviennent toutes molles voire carrément mauvaises.

Je t’avoue qu’imaginer une société où tout le monde de la CNV, ça me crispe un peu : je vois un monde de Bisounours dans lequel tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil.

Mais c’est parce que c’est mal utilisé !

Hop, retour à mon argument de “c’est bien plus complexe que ce qu’on veut te faire croire”. Ce qui explique que le monde de Bisounours est en contradiction avec la franchise et l’authenticité décrite plus haut : autant on va avoir des personnes qui vont se servir de la CNV pour être un peu trop directes, autant on va avoir des personnes qui sont dans le consensus perpétuel. Parce que c’est trop souvent mal utilisé.

C'est ta faute à toi si ta vie elle est pourrie.

La CNV et bien d’autres approches de développement personnel ont tendance à tout ramener à l’individu, comme si tout était de sa responsabilité. Oui mais non. L’infirmière qui travaille en hôpital public dans des conditions terribles est responsable de sa colère, mais purée de purée, le problème il est vraiment chez elle ? La solution, c’est vraiment qu’elle apaise sa colère ? « Le burn-out est avant tout un manque d’écoute de notre fatigue, de notre anxiété, de notre éloignement de nous-même » (Thomas d’Ansembourg, cité dans cet article) : ben oui tiens, donc c’est bien la faute de cette infirmière si elle se sent mal, rien à voir avec des horaires pas possibles ni avec un manque de personnel, ni avec un salaire au ras des pâquerettes.

Oui mais, c’est parce que ça a été mal compris.

Mouais. Si tu le dis.

Un truc, drôle : Marshall Rosenberg comparait la girafe, qui est l’animal terrestre avec le plus grand cœur, donc notre Moi naturel, et le chacal, qui est le mode habituel, dans la critique, le jugement, la binarité. Hum. D’un côté on a un animal herbivore, au grand cœur, de l’autre un carnivore, qui tue pour se nourrir et qui en plus en français a un sens hyper péjoratif, mais sinon le naturel de l’être humain c’est la non binarité, hein ?

Non mais là, tu vois les choses avec ton regard de chacal, c’est pour ça que ça te parait binaire.

Ah, le fameux “soit j’ai raison, soit tu as tort”.

Un robot ?

Je termine ma longue critique en disant que la CNV conduit souvent à un comportement de robot. Qui est connu pour manquer d’empathie ? Ben, les robots. Parce qu’à vouloir appliquer une méthode artificielle et complexe, on manque un peu d’énergie pour être réellement en empathie.

Mais c’est parce que c’est mal utilisé !

Peut-être, mais peut-être aussi que c’est une méthode pas si universellement applicable que ce qu’on te dit. Peut-être qu’il faudrait arrêter d’être dans une acceptation inconditionnelle de la CNV et prendre un peu de recul dessus. Peut-être arrêter de penser que c’est une méthode absolue pour résoudre tout conflit. Peut-être réaliser que la CNV est une méthode complexe (6 jours de formation pour avoir les bases, le double pour assimiler les essentiels, d’après l’association AFFCNV) qui est parfois très mal utilisée, comme n’importe quel outil.

Tout est bon à jeter ?

Bon, t’auras compris, j’aime pas la CNV. Mais est-ce que je pense qu’il faut la jeter avec la poubelle avec une #joliecitrouille ? Nope. Y’a de bonnes choses dedans :

  • parler en “je” : oui, mais sans dire “le “tu” tue”. Effectivement, c’est souvent mieux de prendre ses responsabilités et dire “je suis en colère” plutôt que “tu me mets en colère”. Mais essaie pas de supprimer le “tu” à tout prix.
  • exprimer ce que l’on veut plutôt que ce qu’on veut pas : tu préfères entendre quoi, “tu m’as pas fait de câlin en te couchant” ou “j’aimerais que tu me fasses un câlin quand tu viens te coucher” ? De manière générale, on fait des reproches au lieu de dire ce qu’on veut, et ça c’est bien dommage.
  • écouter l’autre : l’écouter réellement, être en vrai empathie, quand c’est approprié. Ca l’est pas toujours.
  • présenter des faits : croire que l’on peut être 100% objectif est illusoire, mais on peut essayer. Je trouve que dire “tu es arrivée en retard de 30 min 2 fois cette semaine” c’est vachement mieux que “tu es toujours en retard !”

Aujourd’hui, je préfère donner des outils de base de la com, comme la liste au-dessus et aussi des outils pour couper court aux conversations qui tournent mal, comme la technique du disque rayé découverte dans « S’affirmer et communiquer » de Jean-Marie Boisvert et Madeleine Beaudry. Je prétends pas que ces outils sont parfaits : au contraire, j’ai conscience que mal utilisés ils peuvent être néfastes. Donc je m’efforce de les transmettre avec des mises en garde.

Ma conclusion, c’est sois proactive. Prends du recul sur ces belles approches, pose toi des questions, fais le tri. Prends pas mes arguments pour argent comptant : est-ce qu’ils te parlent ? Est-ce que j’exagère ? Je suis ouverte à la discussion.

Pour préparer cet article, je me suis inspirée de mon expérience, de celle de plusieurs personnes, d’un collègue psychologue du travail qui n’aime pas du tout la CNV et de cet article qui la décortique bien.

Pour aller plus loin, tu peux écouter l’excellent podcast Méta de choc, avec sa série : La CNV, une communication sans violence ?

Et si tu veux une thérapie concrète, efficace, sans bullshit, tu peux prendre rdv avec moi sur mon site Croire en ses potentiels. Pas d’ésotérisme, pas de fausse promesse mais de l’efficacité et de la sincérité.

17 réflexions sur “J’aime pas la CNV.”

  1. Il me semble que cette façon de défendre la CNV en est tout le contraire. Du coup, je ne sais pas trop qui ne l’a pas compris. Moi j’y vois qques bons côtés mais surtout milles pièges dans lesquels cette personnes qui l’aime tant semble être tombé les deux pieds en avant.

  2. Je pense que comme beaucoup de chose, la cnv est un outil, et ce faisant elle dépend presque uniquement de l’intention de celui qui l’utilise.

    De même qu’un couteau peut servir à couper des légumes pour faire une soupe nourrisante que l’on partage au repas avec ses proches, il peut aussi servir à poignarder les personnes qui nous dérange.

    La cnv est de même utilisable de plein de façons, elle peut servir de guide pour se connecter en toute sincérité les uns aux autres ou bien utiliser comme pretexte pour se permettre d’être vache avec autruit ou pour faire culpabiliser l’autre parce qu’il ne répond pas à nos besoin.

    Elle n’est absolument pas une recette magique de la relation, elle est une façon de l’aborder qui peut ouvrir des portes entre deux personnes qui le veulent. Toute utilisation autre est en effet pleine de violence, comme pleins d’autre méthodes de communications.

    Elle n’est pas LA voie de la paix, elle est une voie qui peut y conduire.

    Pour information je n’ai pas lu le livre « les mots sont des fenêtre » de Marshall Rosenberg, ni fait de formation de CNV, je n’ai donc aucune expertise pour prétendre juger ce qu’est la CNV, je donne là mon simple avis de pratiquant régulier de la cnv dans un groupe où son usage me semble sain, et ayant lu les livres de Thomas D’Ansembourg « Cessez dêtre gentil soyez vrai » et « le bonheur n’est pas nécessairement confortable » que j’ai beaucoup aimer car je trouve en eux une forme de paix que je recherche et qui est trop rare à mes yeux dans nos quotidiens

    Je pense également que la cnv demande une certaine forme de « maturité » dans les relations (à soi même et aux autres), maturité que je continue de travailler personnellement en psychothérapie, en parrallèle du groupe de pratique de cnv dont je fais parti.

    1. Anais Kustler

      Dans l’épisode de podcast de Meta de choc sur la CNV, l’interviewé fait un parallèle très intéressant : si un fabricant de poussette lance un modèle de poussette qui est super en soi, mais qui est mal utilisé par de nombreuses personnes, qui vont se blesser, ou pire, blesser leur enfant, on va pas dire que c’est la faute des parents. On dira que c’est la responsabilité du fabricant, parce qu’il doit s’adapter aux usages. Ça sert à rien de créer un outil absolument génial si beaucoup de gens s’en servent mal.
      Comme tu le dis toi-même, bien pratiquer la CNV demande une maturité émotionnelle : donc la CNV n’est pas accessible à tout le monde.

  3. Je suis sorti avec une femme pratiquant la C.N.V. Elle cumule quasiment tout ce que vous avez écrit. Je partage vos arguments, car, effectivement, je n’ai jamais rencontré quelqu’un d’aussi violent que cette femme pratiquant la communication non-violente !

  4. Bonjour,
    Merci pour ce feed-back sur vos sentiments vis à vis de la CNV.
    Je trouve également que la CNV est complexe à mettre en place quand on a besoin d’échanges authentiques et légers.
    Souvent caricaturée, la CNV reste difficile à comprendre et à intégrer au quotidien.
    En tout cas, ce n’est ni une recette miracle du bonheur, ni une méthode pour convaincre ou diagnostiquer.

  5. Ben je pense que tu te prives d’un truc super et que tu parles d’un truc que tu ne connais vraiment pas, et ça se voit. Mais bon tant pis.

  6. Salut ,

    Je comprends ton point de vue, je crois que j’aurais aimé un peu plus d’analyse de ces tors Cnvesques (j’aime bien les décorticages haha) mais je vais allez voir les références que tu cites, ca va peut etre me nourrir dans ce sens.

    Je me permets pour commencer d’insister sur le fait que je pense qu’il faut laisser la CNV à sa place d' »Outil de communication ». En somme, un outil parmi tant d’autres donc.
    Et Bien des gens les utilisent de simples outils de manière … personnelle haha. Pour ne citer que le marteau par exemple, dont on pourrait dire que l’usage et simple, que chacun chacune se sent libre de l’utiliser, et pourtant, combien de petits clous tordus, de bois fendu, ou d’usages déviés (pour briser un objet, creuser ou autre !) en ont été fait ? par tou.te.s, les néophytes comme les artisan.e.s éclairé.e.s ! pourrait-on faire plusieurs jours de formation sur le bon usage du marteau ? mon ami charpentier défend corps et âme cette idée ^^.

    Pour ma part, j’adore cet outil, et j’aime bien le présenté épuré ainsi : Ce que j’observe, ce que je ressens, ce que ca crée en moi, et ce que je propose bien sur !
    Car quand je lis ton article j’ai le sentiment qu’a l’instar de bien des « adeptes » tu aurais négligé le dernier point du schéma – qui est pourtant indispensable a l’équilibre du concept. Sans conclure par « ce que je propose », et sans l’écoute de ce que cette proposition va éveiller chez l’autre, alors plus de mouvement, plus de création, plus de dialogue. Ca équivaudrait a utiliser le marteau … sans le manche peut etre ? on peut enfoncer un clou avec, mais c’est drolement moins efficace.

    Ca donne alors un truc du style « j’ai vu que tu a laissé tes chaussures sur le tapis (observation), ca me mets en colère (ressenti), je crois que j’ai besoin d’ordre (ce que ca crée en moi). » …. et basta. Effectivement, c’est complètement descendant comme posture, hyper autocentré et violent comme tu peux le citer. si on rajoute un fin posible alors on ouvre un dialogue  » tu crois que ce serais possible qu’on trouve ensemble un endroit pratique pour toi mais qui ne soit pas le tapis, pour mettre tes chaussures quand tu arrives ? »

    La CNV, c’est aussi un outil qui s’utilise « par beau temps » comme on dit, quand on est dans un moment apaisé et pas au coeur d’un conflit. Et ca aussi c’est vite oublié. Pourtant on le fait naturellement dans plein d’autre situations, attendre de se calmer pour mieux résoudre une problématique. C’est accessible donc je crois.

    Animatrice de métier, j’apprends la CNV aux enfants tous les jours. Si aucun des quatre morceaux n’est oublié, l’outil est génial pour elles et eux. Bien sur couplé à l’apprentissage qui permet d’observer et nommer ses émotions et ses besoins.
    Outillé.e.s ainsi, nul besoin d’une grande thérapie psy pour faire un usage safe de la CNV je pense.
    Ce qui me fait me dire qu’avec un peu de chance, les générations à venir seront plus a l’aise avec ce type de compréhension de soi « primaire ».

    Peut etre nous, les « vieilles et vieux », recevons cet outils un peu tard, alors que nous n’avons pas appris à l’école comment dire « je suis triste/content.e/frustré.e/déçu.e … » En résumé, On se sert du marteau car on a bien compris que ca servait a fixer des trucs ensembles, et on est deg parceque ca marche pas, enfait on a pas mis les clous avant de taper. Raté ! ^^

    Pour ma part, je suis fière d’avoir enrichi mes relations grâce notamment à cet outil (et à plein d’autre), et j’appelle à l’indulgence envers les personnes qui découvrent à peine l’outil et tente de l’utiliser parfois (souvent?) bien maladroitement. L’idée de fond semble pourtant belle, vouloir mieux communiquer ensemble !

    Allez moi j’ai confiance, CNV ou autre, on est toutes et tous de plus en plus en lien avec des outils de communication, on va y arriver à vivre ensemble et en paix ♥

    PS : j’attire ta vigilance sur les exemple de phrase CNV que tu cites pour en faire la critique. La plupart d’entre elles ne sont pas ou que partiellement construites sur le schéma CNV. je trouve pour ma part que ca dessert un peu ton propos. En tout cas c’est l’effet que ca me fait.
    Pour conclure, merci de partager ce point de vue qui va à contre courant de la « mode » relationnelle autours de la CNV. Je crois, ainsi que toi, qu’il est toujours bon de lire des critiques telles que la tienne, pour se remettre en question régulierement.

    Belle journée 🙂
    Cécile

    1. Salut Cécile, merci pour ton retour.
      Oui la CNV est un outil, mais bien plus complexe qu’un marteau, et c’est là tout le problème. L’invité d’Elisabeth Feytit dans le podcast Méta de Choc l’explique très bien : si une poussette est mal utilisée par de nombreux parents et cause des dommages en lien avec cette mauvaise utilisation, le fabricant va devoir rappeler les poussettes et y faire des modifications. Il sera tenu responsable.

      Quand tu crées un outil, qui est massivement mal utilisé, ben à un moment, faut être capable de se dire que le problème vient de soi.

      Tu dis que mes exemples desservent mon propos : mais mon propos est que la CNV est un outil complexe, bien trop souvent mal utilisé ! Mes exemples sont réels, et je les rencontre régulièrement, personnellement ou au travers de témoignages. Dans un autre commentaire, je racontais mon expérience avec une psychologue, qui a elle aussi mal utilisée la CNV alors que c’est un outil sur lequel elle communique beaucoup.

      Tu dis que la CNV s’utilise par beau temps, hors conflit (on peut alors se poser la question de l’intérêt d’un outil de com qui ne serait utilisable que quand ça va bien) : c’est pas ce qu’en disait Marshall Rosenberg, le créateur. A l’époque, il prétendait pouvoir résoudre le conflit israélo-palestinien avec sa technique (voir Les mots sont des fenêtres ou bien ce sont des murs, par lui-même). C’est toujours intéressant de lire celles et ceux qu’on critique ou qu’on encense, on a souvent des surprises.

      Je pense aussi à cette citation de Marshall Rosenberg qui tourne souvent parmi ses adeptes : « Si j’utilise la CNV, je n’entends jamais, jamais, jamais ce que quelqu’un pense de moi ». Je trouve ça assez horrible ! Tu pourrais me dire qu’elle est hors contexte : ben oui, mais elle est diffusée hors contexte, et c’est un gros problème.

      Comme tu le dis, pour bien l’utiliser, il faut savoir reconnaître ses émotions, ses besoins, et pour pas mal de personnes, c’est un long travail. C’est chouette que de plus en plus d’enseignants prennent le temps de transmettre cet apprentissage autour des émotions, mais… déjà, c’est pas tous, ensuite est-ce que c’est bien fait ? Est-ce qu’il sont correctement formés pour le faire ? Est-ce que tous apprennent à voir et vivre leurs émotions, ou est-ce que certains transmettent ce qui est de l’ordre de la positivité toxique ?

      J’ai de l’indulgence pour les personnes qui essaient de s’en servir mais le font maladroitement, quand elles sont capables d’entendre que c’est maladroit, mais j’en ai un peu moins pour tous ces formateurs qui font croire qu’en 3 jours c’est plié.

      En tant que formatrice, qu’enseignante, on a une responsabilité dans ce qu’on transmet et comment on le fait. C’est trop facile de toujours faire porter cette responsabilité aux autres.

      Oui, si y’a que 3 parents sur 10 000 qui utilisent mal ma poussette, je peux me dire que c’est qu’ils sont concombres et que c’est leur faute. Mais quand les chiffres montent… ben c’est ptètre moi le concombre. Et ça demande pas mal d’humilité pour s’en rendre compte, mais l’humilité, je suis pas convaincue que Rosenberg en avait tant que ça.

      C’est chouette que la CNV te fasse du bien et que tu l’apprécies, je suis convaincue que tu n’es pas seule et que d’autres personnes en sont satisfaites.

      Après, y’a pas besoin du cadre plus ou moins rigide de la CNV pour mieux se parler.

  7. Merci merci pour cet article ! J’avais tellement besoin de lire de quelqu’un d’autre ce que je pense, après avoir tenté de communiquer avec pas mal d’adeptes de la CNV.
    J’aimerais beaucoup par opposition à la CNV, par protestation face à ce type de communication qui au mieux est robotique et souvent hypocrite, au pire censure et manipule tout en jugeant en fait mais plus sournoisement, créer une appellation  »CommunIcation Authentique  »…on l’appelerait  »CIA » ..😁

    1. 😂 J’ai de la chance, j’ai 2-3 personnes autour de moi qui pensent pareil. J’aime bien l’idée de la CIA !

  8. Vous avez bien résumée ce que je pense de la CNV! Bien sûr il y a du bon dedans, mais aussi beaucoup de culpabilisation, rejet de certaines émotions naturels, besoin de contrôle… J’avoue ne jamais mettre penchée sur le sujet, mais beaucoup de mes collègues et connaissances la pratique et je trouve ça légèrement hypocrite (surtout que la plupart ne sont pas du tout empathique)…
    Ma psy pense la même chose, elle est même contre la CNV!

    1. Anais Kustler

      Merci Raphaëlle pour ton retour 😊 Haha, je suis d’accord avec toi pour l’hypocrisie. En fait, c’est assez difficile de bien maîtriser la CNV quand on a pas fait un véritable travail sur soi, parce que justement on peut se croire plein d’empathie alors qu’on l’est pas 😅

  9. Oh je suis tombé sur votre article, je suis troublé à l’idée que la cnv servirait à manipuler….
    Pour ma part, la cnv est un moyen de communication qui relève du vivant, l’élan du cœur, rejoindre l’autre dans ce qu’il ce vit à l’intérieur de soi, c’est un language qui appel à écouter l’être qui est, dans l’instant présent notre seul véritable préoccupations sans parfois nous en rendre compte, la.cnv appel à ce recentré sur le moment présent, à parler avec conscience, peut être auriez vous apprécié de connaître la cnv sous un autre angle de vue que celle dont on vous la présenté.

    J’aspire sincèrement à un monde qui soit plus connecté à l’être, et non plus à l’ego, à l’inconscient, pour ma part cela m’a aider à guerrir des mots sur mon enfance j’aurais aimer avoir connu cela plus tôt, cela m’aurait facilité et rendu la vie plus agréable c’est certain, maintenant je reconnais que ce n’est pas agréable au début de réalisé les changements. Merci à vous ppur votre partage et vous souhaite de ne jamais cessez d’être vous 😉

    1. Anais Kustler

      J’ai lu Marshall Rosenberg, j’ai écouté de nombreuses personnes en parler, j’ai repéré celles qui la pratiquaient… La CNV, ça demande une très grande connaissance de soi, ça a rien de naturel, ce qui fait que c’est trop souvent mal utilisé.

      Par exemple, j’ai contacté en privé une psy pour lui dire qu’une de ses citations pouvait être mal interprétée par des personnes qui vivent un psychotrauma. Je lui ai donné des arguments concrets, elle m’a répondu sur mon ressenti. C’était pas le sujet. Son mésusage de la CNV lui a permis de d’ignorer mes arguments pour rester sur « je comprends que ça vous touche, etc. » Une belle manière de faire disparaître le problème, pour que ça devienne seulement ma responsabilité.

      Ça va avec cette citation de Marshall Rosenberg : « Si j’utilise la CNV, je n’entends jamais, jamais, jamais ce que quelqu’un pense de moi » Dooonc pas de remise en question ? Si une personne me dit que mon comportement est pas ok, c’est juste qu’elle a un besoin non satisfait, donc c’est son problème quoi. J’trouve que niveau ego, c’est pas mal.

      Si tu veux aller plus loin, je te recommande le podcast de Méta de Choc : CNV, une communication sans violence ?

      Après, c’est chouette que la CNV t’a réellement aidé, et t’as permis d’avancer.

  10. Merci Anaïs pour cette chouette analyse, j’aime pas la CNV non plus, j’ai suivi des cours sur ce thème et je trouve cela tellement robotique et faux. Quand quelqu’un me parle en mode CNV, je me sens oppressée, et du coup je traduis dans ma tête en « vrai langage », et je trouve cela encore pire du coup. Mais je suis aussi d’accord que tout n’est pas à jeter, s’écouter vraiment, exprimer des faits, ce que l’on veut… mais sans mettre l’autre au pied du mur.

    1. Anais Kustler

      Ah oui, le côté robotique et faux 😅 Moi je les repère très vite ceux qui utilisent la CNV, même quand c’est pas super robotique 😁

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